Adieu Galaxy Express 999 (Rin Taro, Japon, 1981)

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La guerre fait rage entre mortels et guerriers dotés d’un corps mécanique pour obtenir l’immortalité.
Alors qu’il se bat sur terre contre les forces de l’empire mécanique, Hoshino Tetsurô reçoit un message de son amie Maetel l’invitant à prendre place à bord du Galaxy Express 999.
Un voyage au cour duquel Tetsurô rencontrera Harlock, Maetel, Emeraldas et Faust… Et qui l’amènera encore et toujours à combattre la reine de ce monde mécanique : Promethium.

Resté sur le quai

L’écriture faiblarde – je suis gentil – empêche une animation pourtant chiadée de décoller. Sur plus de 2h, l’absence de structure, d’enjeux, tire cette nouvelle aventure derrière ce gros astéroïde où les étoiles se font plus rares. Malgré cette intro qui anticipe Terminator avec cette guerilla entre humains et machines, et malgré cette autre scène à la Matrix où des hommes servent d’énergie aux androïdes, ça pêche grave dans le néant. Sans hameçons, ça ne mord pas. Pire, en suçant salement la roue de l’Empire contre-attaque avec son même twist copié/collé – il t’en reste un gros bout là – cet anime de 1981 concède que, pour le coup, le renouveau vient du soleil couchant. Conscient de ses faiblesses, les auteurs se lâchent avec un score pétaradant et quelques passages animés si puissants qu’on peut parler de moments de cinéma. Une longue arrivée en gare procure les effets d’un trip cosmique et les retrouvailles de Maetel et Tetsuro stimulent le palpitant. Dans ces moments, on se prend un shoot d’animation issu du chaos et c’est de la pure non coupée, attention, mais sans le moindre enjeu chaque belle scène s’écroule dans la seconde qui suit, victime de redites aussi résiduelles qu’inutiles.

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Galaxy Express 999, le film (Rintaro, Japon 1979)

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2358. Comme des milliers d’autres gamins, le jeune Tetsurô Hoshino tente d’échapper à la misère dans les bas-fonds de Mégalopolis. Depuis que sa mère a été tuée par le Comte Mécanique, un redoutable cyborg, son obsession est de venger sa mort. Une mystérieuse jeune femme dénommée Maetel lui offre la possibilité d’obtenir un billet gratuit pour le Galaxy Express dont l’un des nombreux arrêts le conduira à sa némésis, à condition qu’il l’accompagne jusqu’au terminus…

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Dans l’espace, personne ne t’entendra pleurer ta mère

A la revoyure, au milieu d’un tas de déceptions qui ne résistent ni aux ravages du temps ni à ma maturité toute relative, quelques perles animées continuent de garder leur éclat. Planquées dans de vieilles coquilles d’huîtres oubliées au fin fond d’une nébuleuse maritime, elles attendent le passage du pêcheur galactique.

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Découvert tout récemment dans des conditions plus que correctes, le film Galaxy Express 999 crame le coeur. Gamin, j’avoue n’avoir jamais vraiment kiffé Albator du même mangaka Leiji Matsumoto ; je lui préférais d’autres héros plus bondissants, d’autres vaisseaux plus virevoltants. Toutefois, je me souviens bien de ce spin-off avec ce train à vapeur dans l’espace, le gamin, la femme blonde et le contrôleur rigolo tout bleu. De voir ce film de deux heures avec un début, un milieu et une fin comble une vieille frustration en même temps que l’oeuvre me livre ses secrets de fabrication. Géniaux, collectifs, parfois aléatoires, naïfs : ils se chevauchent, se complètent et convergent vers une certaine cohérence, diffusent une jolie poésie un peu glauque, recollent un scénario parfois peu crédible – par-delà l’existence d’un train à vapeur dans l’espace s’entend – et m’enchantent jusqu’au générique de fin. Ce qui m’a toujours un peu agacé chez Leiji Matsumoto, ce sont ses femmes toutes identiques et désespérément tristes avec leurs grands yeux en amande. Toutefois, sur ce canevas la répétition s’avère pleinement justifiée.

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Rappelons le pitch, sacrément macabre. La mère du jeune Tetsuro se fait tuer sous ses yeux par un androïde, le Comte Mécanique, et au jeune homme d’ensuite réclamer vengeance. Classique ? Sans doute, si ce n’est que le Comte clame dès qu’il la tue qu’il va l’empailler et l’accrocher dans son salon ! Ce qu’il fera, on aura largement l’occasion de nous en rendre « comte » par la suite. V’là la ch’tite histoire pour les ch’tites n’enfants !

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— Bouhouuu, comme c’est triste tout ça !

Là où cet anime fait très fort, c’est en décidant de suivre à la trace cet orphelin de l’espace en manque de sa môman. Sur un ton proche des Misérables de Victor Hugo, on colle à la petite histoire dans la grande, à quelques grammes d’âme perdus au milieu du cosmos. Tout l’environnement de Tetsuro, aussi gigantesque soit-il, le ramène à sa mère. Et il nous émeut bien, le salaud, lorsqu’il fait un câlin à Maetel, la belle blonde, lorsqu’il est fasciné par une chanteuse aux cheveux bleus le temps d’une superbe chanson tristoune, ou encore lors d’un twist final aussi osé qu’évident. On observe aussi, à travers lui, ce besoin qu’ont les femmes de s’accaparer le garçon, de l’aimer comme un enfant qu’elles n’auront jamais – telle cette cyborg qui regrette d’avoir choisi la vie solitaire éternelle – ou en écho à leur enfant qu’elles ne reverront plus – en confère la maman de Tochiro, résignée. L’ensemble est servi par une animation correcte, une belle mise en image – quel savoir faire narratif ! – et une musique douce, aérienne, de Nozomi Aoki. Son score se voit renforcé par une voix féminine qui, en plus de rappeller une mère fredonnant une berceuse, évoque la voix d’Edda Dell’Orso dans l’également très nostalgique Il était une fois en Amérique d’Ennio Morricone et Sergio Leone.

Sur la grande finale, bien avant Métropolis le réalisateur Rintaro faisait tout péter sans omettre un seul instant de conférer un point de vue émouvant à sa longue et chouette scène de destruction massive. Au tout de ne former qu’un segment entre une gare et une autre, un entre-deux entre un bonjour et un au-revoir… et à bientôt.

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Sunrise (Partho SEN-GUPTA, Inde, France, 2014)

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À Bombay, l’inspecteur de police Joshi ne parvient pas à se remettre de la disparition de sa fille Aruna, kidnappée 10 ans plus tôt. Dans un cauchemar récurrent, une ombre noire le conduit au Paradise, un bar nocturne dans lequel des gamines dansent pour le plaisir des adultes. En y enquêtant sur la disparition d’autres enfants, Joshi espère bien retrouver sa fille…

La moustache sans Bronson

Certains ne jouent pas le jeu de la torture expiatoire. Ils préfèrent tirer une balle hors cadre plutôt que de vous montrer comment elle peut faire quatre rebonds avant d’exploser la tête d’un bad guy. Avec son film Sunrise, on est loin de Deadpool ! L’indien Partho Sen-Gupta joue ainsi des codes du film de genre en vogue parasité à l’excès par notre nouveau Charles Bronson qu’est Liam Neeson – ça finit pareil, avec beaucoup de son.

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Le réalisateur nous présente un flic, Joshi – Adil Hussain, parfait moustachu – qui n’arrive pas à faire le deuil de sa fille kidnappée des années plus tôt.

Partho Sen-Gupta a beau y mettre du sien, il n’arrive pas à trahir sa vision bienveillante de l’humanité. Il valorise le pardon plutôt que la vengeance sans pour autant dénigrer un combat plus intérieur que graphiquement explosif. Avec peu de moyens, il privilégie autant la forme que le fond pour illustrer son propos efficacement en à peine 90mn. Il en paye clairement le prix sur le plan spectaculaire, mais il y gagne une formidable ambiance moite, lourde, une morale bienvenue et même une naïveté touchante qui s’en viendrait supplanter un certain cynisme usuel, si tant est que ce sujet – l’exploitation sexuelle des mineures à Mumbai – ait été choisi pour ratisser à la fois le cinéma d’auteur et celui de genre. Pour exemple, ce dernier versant fut plus appuyé chez le cousin indien Ugly de Anurag KASHYAP, au pitch similaire.

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En choisissant de montrer son dénouement hors champs à l’aide d’ombres inspirées du cinéma allemand des années 30, Partho Sen-Gupta assume un parti-pris engagé dès la moitié de la péloche. Tout le monde est coupable, aussi embrasse-t-il le point de vue de l’enfance, de l’innocence retrouvée, de l’avenir correctif et non celui de la vengeance, du voyeurisme, du putassier. A deux enfants, pervertis ou non, de jouer à côté d’un cadavre et de son meurtrier comme on danserait, indifférent, sur les berges du Gange ; puis au courant de faire défiler toutes les horreurs du monde. Hors champs et plus loin puisque le Gange ne passe pas par Bombay, n’est-ce pas.

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La forme lorgne vers Nicolas Winding Refn par endroits et l’acteur Adil Hussein (L’Odyssée de Pi d’Ang Lee) porte le projet comme Lau Ching-wan drainait le Loving You de Johnnie To (pluie nocturne, même démarche de canard du protagoniste…). La belle évolution des deux parents meurtris est remarquable et, de ce que j’en imagine, le quotidien de toutes ces enfants séquestrées à des fins sexuelles semble paradoxalement aussi bien restitué que pudique. Dès lors, la scène la plus forte du film en devient non pas la catharsis du père, mais bien celle où l’on voit une gamine heureuse de se faire joliment coiffer par une hypocrite mère maquerelle qui prépare en louzdé un énième dépucelage. A une copine plus âgée, déjà passée par là, de se révolter et de hurler sa rage au monde entier. Message bien transmis.

Hokusai manga ; Edo Porn (Kaneto Shindo, Japon, 1981)

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Don’t miss Hokusai’s muse

Parallèlement à la sortie de l’anime Miss Hokusai de Keiichi Hara (Un été avec Coo), il est amusant de découvrir ce film de 1981, globalement raté mais gentiment paillard. Si la partie érotique fonctionne bien, elle ne prend malheureusement place que sur la moitié d’un métrage dont la durée avoisine les deux heures. Pour le reste, un pénible biopic sur-respectueux de l’artiste joué par ce bon vieux Ken Ogata ne sait pas trop bien où il va. Dès lors, ne gardons en mémoire que la version courte, comme le kimono de notre donzelle.

La fille du peintre, jolie garçon manquée, se promène seins à l’air là-dedans tandis qu’une formidable muse, incarnée par la très émouvante Kanako Higuchi (le chouette chambara Roningai), amène l’illustre génie de la gare d’Estampes à son Rêve de la femme du pêcheur, sa célèbre shunga (gravure érotique). Terminus, tout le monde descend ? Non, d’autres arrêts des fesses naîtront de cette oeuvre fondatrice du hentai à base de tentacules, genre dont un Urotsukidodji sera le chantre à la fin des années 80. Ce clou du spectacle, très émoustillant, ne remplace toutefois pas à mes yeux cette façon très coquine qu’a le modèle de faire grincer un raisin entre ses dents. Geisha style à mort. Pour l’anecdote, on retrouvera Ken Ogata et Kanako Higuchi à peine 10 ans plus tard dans le dernier Zatoichi de Katsu, Zatoichi 26.

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Résumé : L’artiste connu dans le monde entier, Hokusai, est un veuf qui n’arrive pas à gagner d’argent. Il vit avec sa fille Oei dans la maison d’un ami, Bakin. Hokusai rencontre une femme appelée Onao et se retrouve irrésistiblement attiré par elle, mais elle disparait soudainement. Un jour, Oei ramène à la maison une jeune fille qui ressemble trait pour trait à Onao. Hokusai commence à peindre, en utilisant la jeune fille comme modèle.

Quartier violent (Hideo Gosha, Japon, 1974)

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L’alliance du Japon de l’Ouest contrôle une grande partie du Japon et seul Tokyo n’est pas dans leur escarcelle. Suite à l’achat de clubs à Ginza, une guerre des gangs Est du Japon/Ouest du Japon commence…

Gosha’s Way

Ca n’est pas tout jeune mais à mes yeux précède de nombreux films de gangsters qui me plaisent énormément. Le vieux yakuza repenti rattrapé par son destin renvoie au Carlo Brigante de L’impasse (Carlito’s Way) de Brian de Palma ; l’exercice de style dans la violence préfigure à donf le Only God Forgives de NWR ; quant à ces gangsters romantiques baladés par des politicards, ils furent joliment repris dans le A Hero Nevers Dies de Johnnie To – qui, de fait, lui doit beaucoup en plus de cette même photo tournoyant autour du rouge, couleur qui caractérise bien Gosha par delà la patine 70’s – pas autant toutefois que Seijun Suzuki – stop.

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Alors oui, ça sent l’exploit’ à plein nez avec ces scènes qui « tétonnent » un max et un cabotinage muy macho respectant un cahier des charges évident. Mais ça fait sacrément du bien, parce que outre cette forme rutilante qui m’a d’un coup permis de respirer un peu, de bouffer sans gêne de mon média préféré, même si la distance ciné-réalité est déjà là le delta s’avère moins important que maintenant. Les couches de virtuel s’amoncèlent depuis. Autant dire que je suis remonté de 4 étages d’un coup avec ça ! Pas de fausse voix grave à la Batman en boucle – mode générale US qui fera vieillir le jeu des acteurs, donc le ciné contemporain à vitesse grand V -, une armada de gueules qui défilent comme dans un JP Melville (pas de geek moche dans l’oeil de la caméra : on est là pour rêver, merci), plusieurs scènes fortes chargées en métaphores qui se succèdent : un flingage autour de mannequins en plastique, une baston homérique dans un poulailler, ces chiens qui ouvrent et ferment le film. Merci – MERCI ! -, tout ceci prend sens. Les gangster ne sont donc que des animaux, des jouets que l’on sacrifie aisément. Pourtant, une mode de rappeurs les en a fait se réclamer, nos chers gangsta’, via cet anagramme dog (chien ) / god (dieu). Fiers de bouffer dans leur gamelle ?

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Reste que le rôle de Bunta Sugawara frôle le clin d’oeil appuyé à son personnage populaire des Yakuza Papers de Kinji Fukasaku. Il passe là comme un Chow Yun-fat, cousin hongkongais qui s’impose grâce au Syndicat du crime, fait coucou à son public dans une prod’ Wong Jing ou sur un show de Noël. S’il menace de peu de casser les enjeux louables de ce polar mémorable de sa tronche aussi frivole que charismatique, avec le contexte de sa mort on tient là un bel au-revoir, celui d’un fantôme passé filer un dernier coup de main à un pote avant de s’en aller aux cieux, clope au bec et fusil fumant. L’acteur nous a quitté l’année passée. Un très bon film.

Les loups (Hideo Gosha, Japon, 1971)

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Quelque part dans le Nord de l’Archipel, deux clans de Yakuzas se disputent le contrôle du commerce du bois à destination de la Mandchourie.
Un règlement de compte sanglant met fin à la trêve et se solde par l’emprisonnement de ses principaux membres. Dix ans plus tard, bénéficiant d’une amnistie, les deux clans sont forcés de s’unir. Mais cette union, scellée par un mariage arrangé, cache un sombre secret qui va provoquer leur perte dans un dernier baroud d’honneur.

Ballet de regards de l’Est

Je les ai enfin découverts, ces Loups, dont le titre original veut dire « Cérémonie de sortie de prison » me précise le livret disponible dans le BR. Cela tombe plutôt bien parce que la première chose qui m’a frappé, c’est cela, la porte d’une prison, lors de la libération anticipée des protagonistes. Vlan ! Me voilà balafré tout comme eux ! A l’aide d’un formidable effet de montage qui fait se mélanger cette sortie (arrêt image sur chaque personnage), l’avant (la boucherie originelle) puis l’après (l’amour avec une femme) on pense à la célèbre introduction du Guet-apens de Sam Peckinpah qui lui suivra l’année suivante, en 1972. La conclusion, elle, anticipe de plus de 40 ans celle du récent Hacker de Michael Mann, un tout aussi brillant formaliste qui recherchera également le morceau de bravoure au milieu d’une parade au rouge chatoyant. Dans Les loups, la scène du tambour y est à mes sens vouée à rester dans les annales, et il n’y a certainement pas prescription tant cette péloche garde encore sa toute puissance. Entre ces deux échos occidentaux, on baigne à 200% dans le Japon d’alors. Si l’on commence avec deux brefs plans penchés à la Kinji Fukasaku, très vite on bascule et l’on tombe chez Hideo Gosha. On apprécie sa pleine forme, son fétichisme, son style. Terrain connu.

lo2Le réalisateur est ici au sommet de son art, tout en haut du Mont Fuji. Son génie graphique est cimenté par une histoire chargée de résonances, une trame faussement classique transcendée par une trahison amenée de façon redoutable. Le point de vue est pleinement ressenti, empathique. Un monde s’écroule. Des personnages forts et une inspiration prégnante de l’instant nourrissent également une oeuvre dont la poésie, souvent macabre, est de nombreuses fois convoquée. Des tueurs et victimes passent leurs derniers temps, bonus vain d’existence, à baiser avec la mort, cette salope de femme. Les corps se mélangent, les tatouages se jouxtent, les membres pénètrent autant que les couteaux. On est chez Gosha alors on ne donne pas la vie, on la prend ! Ces condamnés sont sortis de prison trop tôt, ils doivent mourir tout comme un bébé prématuré arriverait dans le monde sans être suffisamment armé pour l’affronter. Dès lors, baisons mais sans procréer, surtout pas ! Car on sent que dans cet univers la cruauté consisterait davantage à invoquer une nouvelle âme plutôt que d’en renvoyer une dans un ailleurs forcément préférable. Aussi se cache-t-on dans une petite forêt pour un plan à trois qui dure, qui dure, avec comme ultime jouissance la mort. Pas la petite : la grande, la violente, la jouissive ! Longuement étranglé et plusieurs fois poignardé, au pauvre ère de succomber devant une caméra triste que le calvaire se termine déjà. Car libéré est cet homme, pas le cinéaste et encore moins le spectateur. Tout est de cet acabit pendant deux heures.

lo3Lorsque les tantōs ne tranchent pas, ce sont aux regards de se chercher, de fuir, d’esquiver, de contrer. Rien n’est laissé au hasard, le mouvement des pupilles est chorégraphié autant que celui des mentons, cous, épaules, lèvres… et la caméra s’adapte sur un ensemble millimétré à la folie. Voilà du masochisme beau à en crever, un monde où hommes et femmes, pour continuer à y vivre un peu – on passe dans la douleur de l’ère de Taisho à celle de Showa – s’en mettent plein la tronche dans un ultime baroud d’honneur. Déjà vu, oui, mais aussi bien franchement ? La horde sauvage ? Peckinpah ! Malgré la pleine réussite artistique, le film se planta au Box Office. Sans doute en réaction à cet échec commercial, Gosha développera ensuite une brève idée du film, la métaphore du combat de coqs, dans l’à peine moins dément Quartier violent. Il y glissera une bonne partie du casting, enlèvera le torturé Nakadai au profit du plus populaire Bunta Sugawara pour se moquer du tout comme un Paul Verhoeven avant l’heure. Et l’on y sourira, cynique, comme à la fin de La Croix de fer. Peckinpah, encore et toujours. De l’évolution magistralement cohérente d’une filmographie épatante et fraternelle en cela qu’elle suivit, un temps, un chemin parallèle à un autre génie tout autant mélancolique. Cette maladie du cinéphile.