Kung Fu Killer (Teddy Chen, HK, 2014)

My way on the highway !

Un pogo de presque deux heures, ça fatigue ! Blockbuster chinois, Kung Fu Killer est un autre de ces polars urbain qui mélangent le genre au kung-fu. Parfois ça marche (Tiger Cage, SPL), parfois non (remplir la case). L’idée de génie de Kung Fu Jungle, son autre titre, c’est d’intégrer les codes du film de serial killer aux tatanes urbaines. Ainsi, le jeu de chat et de souris fonctionne à donf sur ce canevas. Le tueur appelle les flics et demande à causer au héros, il tue donc en série – et joliment ! – ça se course sur les toits, ça saute, ça découvre des indices… ça marche. C’est pas toujours finaud, mais ça marche. On vibre quand il faut, et quand ça cogne, c’en est galvanisant à mort. Les chorégraphies pétillent, certaines en télescopent d’autres (le piquage de flingue à bout portant est mieux fait que celui d’Equalizer, pondu la même année) : show must go on !


Teddy Chen est en forme à la réalisation et fait plus que le job. C’est bien foutu, rythmé au son d’un chouette score mi-zimmerien, mi-chinoisant qui booste bien l’adrénaline. Les tronches et hommages défilent, la nostalgie est clairement invoquée, elle reste pourtant en retrait derrière l’affrontement Donnie Yen – Wang Baoqiang, qui évidemment culmine sur un duel final qui renvoie celui du train infini du Grandmaster de WKW sous ses rails en moins de deux. « My way on the highway ! » semble scander Donnie le temps (quoi, 10-15 minutes non stop ?) d’un échange époustouflant de mandales sur le bitume. Au milieu de la circulation, avec voitures et camions qui passent à côté. Tout n’est pas parfait dans ce film, loin de là : Charlie Young ne sourit pas, la conclusion d’une poursuite en bateau est ratée, les quelques passages mélo de Donnie sont bien gonflants, quelques légers flashbacks cassent la fluidité et la mise en scène, même si très fonctionnelle (au top dans les fights), évoque davantage des Tony Scott ou autre Lee Tamahori que des Fincher ou Cimino auxquels on pense parfois (si, si) quand la brigade débarque dans l’antre du tueur (Seven) ou lorsque la rage de l’affrontement final est palpable (L’année du dragon). Pas de quoi chipoter : rayon blockbuster calibré, respectueux, généreux et fignolé avec amour, Kung Fu Killer tape clairement dans le mille.

Résumé : Un tueur impitoyable massacre et tue les plus grands experts en arts martiaux, après les avoir provoqués en duel. Après chaque crime, il laisse derrière lui une arme secrète, nommée Moonshadow en guise de carte de visite. Quand le détenu Hou Mo, expert en kung-fu, reconnaît la technique employée par le meurtrier, il propose son aide à la police pour l’arrêter, en échange de sa liberté…

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Projet Hong-Kong Star !

Le temps d’une « douzologie », quelques joyeux films de Hong-Kong s’en vont parasiter nos bons vieux Bons baisers de Hong-Kong des Charlots (Yvan Chiffre, 1975). Résumé de cette bêtise : « Deux membres des Charlots, Jean-Guy et Gérard « Joli coeur » sont en mission secrète pour la France. En partant, guillerets, pour Hong-Kong, ils ne se doutent pas des nombreuses péripéties qui les attendent… »

Hong-Kong Star, épisode 01 : Deux Charlots à HK

Les Charlots arrivent à Hong Kong. Dans ce petit épisode je me rends compte qu’il est plus facile de trouver des scènes d’avions qui atterrissent que des poursuites en voiture avec des taxis rouges. Grosse frustration : notre bon vieux Taxi Hunter est non exploitable parce que les acteurs y exécutèrent leurs propres cascades en gros plan. Fichtre !

Hong-Kong Star, épisode 02 : Charlots vs SDU

Joyeux Léon (Zitrone) ! Je félicite bien bas la masse de policiers de HK régulièrement en mouvement dans ce cinéma-là. Peu discrète mais efficace, la police, dans ces scènes dont Kirk Wong s’était fait une jolie spécialité.

Hong-Kong Star, épisode 03 : Love in HK

Coup(s) de foudre à Hong Kong ! Tout est dans le titre. Bien souvent, dans la première moitié d’un film, avant le bain de sang, le drame, bref, avant les complications, tout va bien. Profitons-en et gazouillons gaiement sans nous soucier du lendemain.

Hong-Kong Star, épisode 04 : Welcome to Cabaret !

Humour balourd, sexe, ruptures de ton et changement d’étages ont – avaient – l’habitude de surgir dans le désordre à HK. Enchaînons tout ça et montons les escaliers jusqu’au cinquième éta… épisode.

Hong-Kong Star, épisode 05 : Prout on the roof in HK (LOOF)

Maintenant que je suis monté tout là-haut, parlons de toit. Les scènes de toit proliférèrent tant et tant fut un temps dans les polars HK que c’en devenait parodique. Allons jusqu’au bout de la démarche. La chute est si bonne que j’en ai collé plusieurs.

Hong-Kong Star, épisode 06 : Rage made in HK

Crescendo de la vengeance ! Juste avant de casser des dents avec l’épisode 07, mettons-nous en situation, voulez-vous ? Après la chute, boum, le drame survient. La tristesse accable notre héros et le voilà qui s’en va zigouiller tout le monde. Haine ! Vengeance ! C’est le « il s’en va » crescendesque sensé amplifier l’empathie avant le bain de sang que j’essaye d’illustrer ici, très aidé du morceau Vamos a matar d’Ennio Morricone qui, de son côté, émailla le western rital Companeros de l’ami Sergio Corbucci. Gros clin d’œil cinéphilico-cinéphinutile dans le titre à un célèbre western américain.

Hong-Kong Star, épisode 07 : Kung Fu Charlots

La nuit tombe dans ta gueule ! Bagarre générale ! Voilà le gros passage obligé du ciné de genre HK. Avec ce septième épisode je me frotte à l’exercice désormais classique du fanmade de kung-fu. La baston locale est débitée sur fond de techno – mais pas que – avec un peu plus de 3 minutes de distribution de mandales. Nos Charlots ruent dans les brancards, Donnie, Bruce et autre Jackie s’en mêlent, tous aidés qu’ils sont d’un bien agréable renfort…

Hong-Kong Star, épisode 08 : Les androïdes rêvent-ils de Hong-Kong ?

La nuit, toujours. Ridley Scott :  » Pour le paysage de Blade Runner nous nous sommes aussi inspirés de Hong-Kong par jour de très mauvais temps. « 
Notons également, pour l’anecdote, que Blade Runner fut coproduit par Sir Run Run Shaw (source Wikipedia.en), décédé il y a peu.

Hong-Kong Star, épisode 09 : The Blade Kitchen

Petite pause : mangeons. Sur ce très court segment j’illustre les scènes de boustifaille dans le ciné HK. Quelle musique prendre pour ce petit clip ? Pourquoi pas, tiens, celle de The Blade ? Celle, vous savez, qui accompagne la scène d’anthologie d’entraînement à bout de corde de Chiu Man-chuk, histoire de causer aussi un peu costumes ? Soudain, paf, l’idée du siècle : et si que je gardais aussi la bande-son et que je me trouvais des images qui collent à peu près à ce que l’on entend ? Chaud ! En à peine deux minutes ça donne ça. Et je laisse le mot de la faim à Bruce Lee.

Hong-Kong Star, épisode 10 : Gunfight in HK

Gunfight ! On attaque le trio de tête à coup de 9mm dans la tronche avec cette arrivée pétaradante de Roy Cheung dans la dixième danse. Roy, notons-le, inventa un procédé révolutionnaire pour nous réchauffer pendant l’hiver. Il ne s’agit pas du chauffage au sol, non, mais du chauffage interne. A l’aide de petites capsules chauffantes qu’il vous injecte dans la tête vous vous sentez autant réchauffés que parfaitement refroidis.

Dans la foulée de ce sketch, et parce qu’il était hors de question que je grille ma transition chérie, vous découvrirez cette célèbre chanson guimauve du ciné HK qui enrobe là l’usuel drame amoureux tristoune. Cela contrebalance la joyeuseté de notre 3ième épisode. Tout est affaire d’équilibre, raison pour laquelle cet épisode atteint les 10 minutes : c’est un deux-en-un. Deux pour le prix de rien ! Joyeux Noël ! Si les allergiques zapperont allègrement le segment chanté, j’espère que les six premières minutes leur plairont : l’exercice fut rude. Grand merci à l’excellent Jiang-Hu, The Triad Zone de Dante Lam – très bon DVD dispo chez Asian Star – de structurer un peu la bête. Pas de Charlots ici, on les retrouvera après, pour la grande finale…

Hong-Kong Star, épisode 11 : Un Hongkongais dans la coquille

Après Blade Runner, c’est au tour de Ghost In The Shell de se voir évoqué. Voici un petit clip aussi bref qu’il se veut explicite. L’exercice ayant déjà été fait et vu sur la vaste toile du réseau, soyons concis. Et grand merci au Dream Home d’Edmond Pang qui dispose décidément de magnifiques plans de la ville.
Paradoxe notable : en 1995, 13 ans après Blade Runner et deux années seulement avant la rétrocession, Hong Kong était encore perçue par des visionnaires japonais comme la ville du futur alors que, de leur côté, les hongkongais peinaient à imaginer ne serait-ce qu’un semblant d’avenir.

Hong-Kong Star, épisode 12 : Les Charlots vs The Killer

Pour clôturer cette impressionnante douzologie, les Charlots affrontent The Killer – Jeff pour les intimes – lors d’une poursuite en bateau d’anthologie. Soit dit en passant, c’est de cette idée à la mors-moi les 60 nœuds nautiques que tout est parti. J’ai d’abord bricolé ce sketch avant d’extrapoler le reste. Bref, voilà, ayé, c’est fini. J’espère que tout ceci m’aidera à consommer le deuil d’un certain cinéma HK ainsi que celui de moi-même, un peu plus jeune, qui devrais pouvoir ainsi passer à autre chose. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un joyeux Noël à tous, et à l’année prochaine pour de nouvelles aventures !

Merci aux ayants droit pour leur exceptionnelle indulgence.

Toutes les œuvres (films et musiques) sont citées à l’aide d’un générique de fin sur chaque segment.

Les vidéos sont extraites de la DVDthèque d’Arno Ching-wan, cinéphile passionné, responsable de ce dossier et de ces différents montages.

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Swordsman 2 (Tony Ching Siu-Tung, Stanley Tong, HK, 1992)

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Ling Wu Chung et son disciple Kiddo partent au secours de Ying, la fille de leur maître, qui a été enlevée par son oncle, le maléfique Fung. Ce dernier est également en possession d’un rouleau sacré qui permet à quiconque le détient de maîtriser toutes les techniques martiales…

Cloclo : « C’était l’annéeeeeuh – tinlinlinlin – quatre-vingt-douze ! ! »

En mille neuf cent quatre-vingt-douze,
Les bons films se téléscopaient,
C’était une putain d’partouze,
Le ciné HK explosait !

(Publié en août 2008 sur Cinemasie.com). J’ai la banane de partout ! J’ai pris un panard intégral ! Dans la série « il n’est jamais trop tard pour bien faire », ayé j’ai vu Swordsman II. J’ai un mot d’excuse, en son temps mon DVD import était foireux et, du coup, j’avais laissé tombé l’affaire. A raison, parce que découvrir une perle comme celle-là via le DVD qui vient de débarquer dans l’Hexagone revient à se prendre pour un privilégié honteux de l’être à ce point. Qualités visuelles et sonores de folie, sous-titres français… Ce bijou n’a pas vieilli d’un poil. Ca bouge tout le temps sans oublier de rester lisible, Jet Li est frais comme un gars dont le gardon est frais comme Hugues Aufray, sa binôme des OUATIC, Rosamund Kwan, est de la partie, c’est beau à en pleurer, la musique de Romeo Diaz et James Wong a la pêche… Rhaaaaa ça fait du bien !

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Brigitte Lin Ching Hsiaaaaarghl nous offre là l’un des vilains les plus mémorables du ciné mondial. Avec son ambiguïté sexuelle qui n’en est finalement pas une, son existence propre et sa liberté de choix en font une sorte de martyr gay comme on en voit que très rarement. Étirer le « champs de l’emprise » de The Blade revient ici à obtenir une ouverture d’esprit politique beaucoup plus encline à la nuance. L’ouverture d’esprit sexuelle semble favoriser une vision du monde tout sauf manichéenne.

« Méchant réussi = film réussi » lit-on souvent. Le vilain l’est tellement qu’il – elle – en devient un véritable héros tragique au même titre que le guerrier poète Lingwu Chung (Jet li) et ses compagnons d’armes. Le scénario possède une richesse thématique monstrueuse sans oublier de conserver la simplicité inhérente à tout bon feuilleton d’héroic fantasy qui se respecte, les combats sont nombreux et de qualité, les instants de poésie ne sont pas en reste : c’est du Tsui Hark pur jus ce film là ! Il y a tout là-dedans ! En voyant cette péloche j’avais l’impression de découvrir un vieux-nouveau film en même temps que j’avançais en terrain connu. Tout est là, comme par exemple le jeu amoureux sexuel masqué « sous l’eau » lors d’une rencontre mémorable entre notre héros heureux de vivre et la vilaine Asia l’Invincible, jeu que l’on retrouve dans Green Snake avec son moine tout autant gêné de se découvrir un désir pour une femme, bêtement, au milieu d’un lac. The Blade s’invite aussi, en masse. Certains plans y font écho, comme cette femme qui, les yeux brillants, épie au travers d’une palissade en bois, comme la photographie nocturne qui joue parfois des mêmes fameuses teintes rouges, comme ces épées, bien sûr, comme ces costumes, mais aussi via cette rage et ce prégnant champs de l’emprise avec ces femmes qui désirent cet homme qui désire cette pseudo-femme, un homme castré – joué par Brigitte – l’étant devenu pour posséder les pouvoirs de Kung Fu formidables du « Canon du tournesol » évoqué dans le premier volet. Simple prétexte tordu histoire de contourner l’évidence même ? Et un paradoxe : un homme détruit son kung fu en se coupant un bras tandis qu’un autre, plus tard, invente un nouvel art martial pour palier ce même membre coupé. Dans The Blade, évidemment, mais ce héros y subit l’amputation de force contrairement à notre invincible Asia et son ex-stouquette qu’elle choisit elle-même de… bref.

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D’un point de vue narratif c’est une vraie suite. Si pour (tenter de) tout comprendre il est nécessaire de regarder le premier opus, jamais je n’ai vu deuxième volet enterrer à ce point son prédécesseur. Swordsman 2 n’est pas le brouillon d’un autre film, il est puissant tel qu’il est, il se suffit, même si lui aussi se nourrit de ceux d’avant en même temps qu’il nourrit les suivants. La filmo toute entière de Tsui Hark sert l’adage « nulle progression n’est possible sans une régression préalable ». Avec de sacrés bas – son dernier Missing est paraît il le pire des pires – et des hauts qui tutoient les Dieux. Tranquilles pénards, Tsui Hark, ses comparses et quelques Dieux se boivent une bonne bouteille tout en se baladant ,en rigolant, sur la cime des arbres, de préférence au ralenti et dans de grands costumes flottants. L’ivresse repose les âmes, noie le pourquoi du comment qu’on se met sur la gueule et permet de faire l’amour en oubliant tout des normes et autres bassesses résultant de la vie sur terre. La fin est belle à en pleurer avec son bien bel au revoir et enfin – enfin ! – une autre chanson que le leitmotiv musical de la série s’envole, émouvante, pour finir par se mélanger subtilement à ce poème récurrent de l’œuvre, cette belle leçon de vie de deux philosophes entendue dans le premier Swordsman.

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Cette même année 1992 sortait le remake tout aussi décapant de L’auberge du dragon. Entre les deux mon cœur balance, avec un champs de l’emprise qui se complique puisque la belle Maggie Cheung entre dans la danse et que Brigitte Lin, l’éternel(le) androgyne, s’en mêle encore. Que tout ceci est troublant et galvanisant !

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Brigitte sur Deviant Art (signé Lordofglib)

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Coassement vôtres

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Pour info, j’ai écrit un petit roman en partie influencé par des choses et d’autres vues au nord ou en Asie. Couverture signée Yann Raspilaire.

Résumé : Le printemps venu, un propriétaire d’une petite commune de Sologne s’étonne de ce que les grenouilles ne chantent pas aux abords de son étang. Après avoir fouillé les environs, il doit se rendre à l’évidence : il n’y a tout simplement plus de batraciens en cet endroit. Pourtant, c’est la règle, les bestioles devraient normalement y batifoler. Le cerf brame en septembre, les chouettes paradent en décembre, et au printemps, on assiste au bal des grenouilles, symbole de la gastronomie française. Ont-elles décidé de faire grève ? Le Monsieur s’est plaint à qui de droit, en l’occurrence au Maire de sa bourgade, et ce dernier a fait suivre sa demande aux instances sanitaires qui, elles, ont mis le dossier sur la pile de choses à traiter. Comment ce document a-t-il pu passer de cette administration à un bureau gouvernemental secret dédié aux affaires paranormales : l’Office Action Clemenceau ? Et surtout, pourquoi s’en inquiéter ? Envoyé sur place pour cette enquête prétendument de routine, l’agent Barnabé Mozières va aller de surprise en surprise, accompagné de sa nouvelle partenaire : la jeune et mystérieuse Claire Fiquèle…

Coassement vôtres, disponible via la plateforme Librinova

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Goshogun : The Time Etranger (Yuyama Kunihiko, Japon, 1985)

time etranger poster

Bombe à retardement

Remi est la membre des Goshogun, une équipe de pilotes de robots qui, 40 ans plus tôt, sauva le monde d’un bien cruel destin. Victime d’un accident de la route, elle se retrouve dans le coma, à l’hôpital. Ses amis reviennent l’aider. Du fond de sa léthargie, elle se souvient…

goshogun 3Celui-là d’anime, pour un français, il est loin, très loin. Culte ailleurs, chez nous il n’évoque pas grand chose. C’est un spin off d’une série de mecha, Macron 1, avec un générique disponible sur le net qui nous rappelle Mask, Goldorak et consorts. La série passa bien en France, furtivement. Le show 80’s s’appelait Fulgutor, le robot des lumières et fut même doublé par l’inévitable Roger Carel. J’avoue n’en garder aucun – mais alors aucun – souvenir. Bref : des robots qui s’affrontent au début des années 80, quelques héros, quelques méchants, des grands sentiments, de l’amitié forte et roulez jeunesse. Comme la nostalgie d’un monde parallèle, un générique que je n’ai jamais chanté mais d’autres l’ont fait. C’est plutôt paradoxal qu’on ne connaisse pas mieux la bête puisque l’héroïne, Rémi, est française, et cet « Etranger » du titre non pas une faute de frappe mais bel et bien du français dans le texte. Dans le film, il est d’ailleurs assez amusant de redécouvrir des pièces de 1 franc posées au creux d’une main. Avec The Time Étranger les auteurs ont repris leurs héros pour raconter tout autre chose : un après, en période de paix. Sans robots. Enfin, si, il y en a un, de robot.  Miniature, accroché au rétroviseur d’une bagnole, il fait figure de clin d’œil envers toute une époque révolue.

goshogun 2Le futur proche décrit doit beaucoup aux canons US de l’époque, les films de Clint Eastwood – son Epreuve de force est ouvertement citée – et autres séries. Le Smith & Wesson y est très apprécié, l’action tout autant. Après l’accident de Rémi, on suit ce flashback de ses aventures sur une planète aux consonances arabisantes avec un plaisir qui renvoie à la lecture des comics Watchmen. Et si j’attendais au départ une même ampleur dans l’ambition, espérant une même grande fresque, la révélation qu’est – ENORME SPOILER ! – ce basculement du flash-back vers le rêve, le bardo bouddhiste, l’entre deux monde, fait office d’électrochoc aussi déstabilisant qu’émouvant. On se retrouve soudain chez un ancêtre de L’échelle de Jacob et autre Inception avec une interaction rêve/réalité troublante et un enjeu tout simple : la vie. La dernière partie du film invoque très joliment l’émotion et les derniers plans, magnifiques, achèvent de rendre cet anime aussi culte qu’indispensable. Et inconcevable : pourquoi n’est-il pas aisément accessible en DVD chez nous ? La musique est grandiose, épique, l’animation parfois à couper le souffle  – la scène imagée du viol collectif est traumatisante -, la mise en scène impeccable, l’action très présente et surtout, tout simplement, c’est un bon film, anime ou pas, vieux ou pas, avec un bon scénario qui tient encore sacrément bien la distance. Formidable hymne à la pugnacité, ce « Time Etranger » est une vraie bombe. A retardement. Mieux vaut tard que jamais ? Sans doute, mais peut-être aussi qu’il s’agit là d’un film qui ne peut s’apprécier qu’à partir d’un certain âge. La toupie tourne toujours.

goshogun

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Bleeder (Nicolas Winding Refn, Danemark, 1999)

16/20 – California dreamin

Leo et Louise forment un jeune couple à Copenhague. Leo sort très souvent avec ses amis, mais Louise préfère, elle, rester à la maison. Lorsqu’elle lui apprend qu’elle est enceinte, Leo devient distant et très violent. De son côté, Lenny, ami de Leo, passe ses journées à louer des vidéos et à en voir. Un beau jour, il croise Léa…

La traduction la plus évidente pour « Bleeder » serait l’adjectif « hémophile », à savoir un individu malade perdant trop et trop facilement son sang faute de coagulation normale. Une autre concernerait le phlébotomiste, spécialiste qui pratique les saignées. Internet me suggère que des veines peuvent aussi se voir concernées par cette appellation. Laissons-les de côté. Pas de veine ? Voilà pour le littéral. Basculons dans l’image, le cinéma, et relions ce titre à cette histoire par un « spoiler », à savoir le dénouement du film. Il m’est peu aisé de développer plus avant sans le dévoiler mais choisissons ces deux appellations et, soyons fous, inventons un nouveau mot, le joyeux néologisme « phlébothémostophile ». Associons la faiblesse, la maladie, à une force, une arme qu’elle pourrait se voir devenir. Car en se scarifiant l’hémophile ne subit plus, il agit. L’œuvre parle ainsi d’hommes secoués par la vie qui traînent leurs lourds fardeaux et essayent d’avancer à l’aide de choix pour le moins téméraires. Quitte à, ainsi, choisir leur propre mort. Sans filets ! Dans Bleeder, Refn, comme il le fera par la suite, nous parle de lui, de ses états d’âmes, de son feeling du moment. Même si lui-même affirme qu’un Pusher 2 n’est pas autobiographique, il traduit une sensation liée aux évènements de sa vie. Sa récente paternité d’alors suit celle à venir dans Bleeder, deuxième long métrage du réalisateur après Pusher premier du nom d’un grand bonhomme : quels bons films !

Bleeder-Mads-MikkelsenSouvent bavard, dans le bon sens du terme puisqu’on pense beaucoup au Clerks de Kevin Smith, Bleeder, tout comme un film de Quentin Tarantino, se charge de références et de clins d’œil cinéphiles à tout un pan du cinéma de genre :  horreur US, actioners US 70’s, kungfu etc, en se posant aussi là comme manifeste cinéphile. Celui qui se sait un peu geek, terme alors non encore usité mais que Refn sait déjà péjoratif. On peut d‘ailleurs trouver écho dans le personnage de Lenny qu’incarne Mikkelsen, un autiste cinéphage qui bosse chez un loueur de vidéos, dans cet autre personnage qu’interprète Christian Slater dans True Romance, alors projection de Tarantino sur son scénario mis en images par Tony Scott. Un premier film caché. Trop de cinéphilie nous fait tourner en circuit fermé à en croire un Refn qui souhaite sortir de cette prison tout en y barbotant quand même parce que, tout simplement, il adore ça. Il élargit sa sphère. Les trois lurons de Bleeder sont tous des projections de Refn, qu’il a écrites, scénarisant tout autour. A en croire une anecdote lue sur IMDb, Mads s’investit à fond pour son rôle en s’en allant travailler trois mois dans un magasin vidéo. Geek malgré lui, son personnage Lenny veut s’en sortir. A traduire par : « chercher la femme ». Son ami Léo (Kim Bodnia), lui, va être père. Il n’est pas prêt, pète un câble, perpète se profile, il joue bien le crescendo. Si bien même  qu’après le film il s’en alla – toujours selon cette même anecdote – frapper à la porte de l’hôpital psychiatrique le plus proche pour se faire soigner. Quant au croate Zlatco Buric, Kitjo à l’écran, il incarne un futur que Lenny n’ambitionne pas de devenir, un vieux cinéphile solitaire un brin pathétique.

bleeder2-2Trash, électrique, sacrément bien filmé avec ne serait-ce que ce plan séquence de malade au tout début, Bleeder nous implique surtout joliment dans la romance entre Lenny et Lea (Liv Corfixen), qui renvoie  à la bombe hongkongaise Chunking Express, de cinq ans son aînée. On a ce même jeu des reflets entre la belle et la vitrine de son snack bar, esthétiquement assez proche de celui que tient la belle Faye Wong dans le chef d’œuvre de Wong Kar Wai. Les deux artistes ont progressé, depuis ils font à ce point figure d’esthètes incontournables de la planète cinéphile que désormais leurs initiales s’imposent. On connaissait bien WKW, on connait bien NWR.

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Le guerrier de jade ; Jade Warrior ; Jadesoturi (Antti-Jussi Annila, Finlande, Chine, 2006)

En Finlande, un artisan forgeron, désespérément amoureux d’une femme, crée le Sampo, un objet mystérieux supposé être la source même du bonheur. Le Sampo réussit à appeler la femme tant convoitée mais attire également un démon chinois qui voit dans cet artefact l’occasion de régner sur Terre…

La forge du sampo. Fresque du musée national de Finlande peinte par Akseli Gallen-Kallela en 1928 (vu sur Mythologica.fr).

Descendre du temps

Antti-Jussi Annila, réalisateur : « J’ai grandi en regardant des films de kung fu et d’action chinois. C’était un de mes rêves d’en réaliser un. Depuis, je n’ai plus regardé un seul film de kung fu parce que j’en ai sorti un moi-même » (ohmygore.com, avril 2009).

Avec ce premier film finlandais sorti sur les écrans en Chine, le réalisateur réussit à construire un bien joli pont entre sa propre culture et celle du Wu Xia Pan. Qu’est-ce donc que ce machin là ? Le Wu Xia Pan englobe toute cette vague de films de cape et d’épée chinois découverts chez nous au milieu des années 70 avec les œuvres de King Hu, démocratisés depuis avec les films et chorégraphies de Ching Siu-Tung. A dissocier du kung-fu, on parle là trampolines, câbles, larges costumes flottants, draperies aériennes et élévation de l’âme.

A travers son héros incarné par Tommi Eronen, son acteur fétiche si l’on en croit sa présence dans son très bon second long métrage Sauna, on découvre un wu xia warrior finlandais qui évoque autant un Leslie Cheung à fleur de peau que notre Mathieu Amalric national. Il joue en effet à merveille l’homme torturé, blessé, mal dans sa peau. Et d’évoquer le regretté Leslie nous oriente immédiatement vers Les cendres du temps de Wong Kar Wai davantage que du côté des fantaisies colorées de Tsui Hark, loin, bien loin de cette épure de wu xia. L’épée sert le mélodrame, l’action figure le bouillonnement des cœurs et le mélange des époques souligne l’universalité du propos.

Co-écrit par Iiro Küttner, qui suivra sur Sauna, et, entre autres, par Petri Jokiranta, qui participa à l’écriture de Père Noël Origines, Le guerrier de Jade illustre l’affrontement contre ce mal qui se trouve en chacun de nous. Les auteurs ont pioché dans la mythologie finlandaise du Kalevala, anthologie d’anciennes légendes qui date du XIXème, en particulier le dixième chant dédié au Sampo et à son forgeron éternel, le damné Ilmarinen, de quoi donner du corps et des résonances au métrage. Voici un film qui, comme le suivant, ne cherche pas la facilité ! Les quelques chorégraphies orchestrées à la fois par des chinois et des finlandais sont pleines de poésie, avec comme vrai climax non pas le final, certes correct mais par trop dans l’ère du temps pour convaincre pleinement mais une parade amoureuse qui se révèle aussi splendide qu’émouvante. Au milieu d’un village, une femme, Pin Yu, incarnée par la très belle Zhang Jing-Chu, s’oppose à l’homme, Sintai (Tommi Eronen) avec à la clef une botte somptueuse, superbement filmée, qui en remontre aux tentatives à la limite de l’auto parodie d’un Zhang Yimou (Hero). Cette danse, qui n’a rien à envier à toutes celles que l’on a pu voir dans le genre, dispose qui plus est d’une vision horrifique très proche de l’univers de John Carpenter quand, sur le visage d’un témoin de cet affrontement, au-dessus d’un regard noir désespérément fixe surgit soudain un cafard sans que l’œil ne scille. La haine nait-elle de l’amour ? Glaçant.

Le final post Matrix et ses quelques effets de styles ancrés dans une époque (ralentis, poses) pourraient jouer en sa défaveur si ce n’était le soin tout particulier accordé aux chorégraphies et à la présence sur l’écran d’acteurs qui donnent une ampleur nécessaire au climax. Et le sauvent, parfois, du ridicule. Ainsi, le regretté Markku Peltola (L’homme sans passé de Aki Kaurismaki) campe solidement un agent Smith tout ce qu’il y a de plus crédible au sein de cette mythologie fusionnelle parfaitement retranscrite. Il y a du Highlander dans cette fresque où les époques se juxtaposent avec une narration fluide tout bonnement parfaite. On y trouve également une certaine poésie issue du romantisme, palpable tout du long, très joliment entretenue par une musique lancinante signée Samuli Kosminen et Kimmo Pohjonen. La photographie grisée – et grisante ! – de Henri Blomberg, que l’on retrouvera encore plus en forme dans Sauna, participe aussi grandement à la petite réussite de ce petit film qui sut canaliser une large ambition pour ne raconter qu’une petite histoire dans la petite, un malin recentrage en regard d’un budget raisonnable mais restreint. Descendre aux cendres, il ne reste que poussière.

A priori négatif j’avais de ce film parce que son titre, Jade Warrior, me fit d’abord penser à toutes les chinoiseries en toc que l’on trouve en vente beaucoup trop chères aux quatre coins du globe. Erreur, il vaut mieux que ça, bien mieux. Je retiendrai les grands yeux de Zhang Jing-Chu, plus que ceux, je l’avoue, de l’estonienne de naissance Elle Kull. Elle sort alors à peine des Seven Swords de Tsui Hark. Je reste encore captivé par cette ambiance flottante, comme la belle odeur d’un encens mystérieux, tout en restant très agréablement surpris devant autant de respect quant à une culture que les chinois eux-mêmes peinent encore à exporter correctement à l’ouest. Imputons cette faute à des producteurs américains moins courageux que ne le furent des finlandais, qui confièrent là, comme pour Sauna, les rênes d’un projet difficile à un réalisateur qui sut, lui, de son côté, mener sa barque avec une volonté de fer associée à un réel talent de conteur. Né en 1977, il n’avait pourtant que 29 ans à la sortie de ce premier film. La naissance d’un grand ?

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